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SCoT | 21-12-2011
Ville post carbone : le SCoT de l'agglomération tourangelle a un tour d’avance
Comment concevoir un SCoT à même de répondre aux enjeux internationaux de réduction de GES dits « Facteur 4 » ? C’est l’enjeu de l’étude réalisée par l’agence d’urbanisme de Tours accompagné du cabinet Beauvais Consultants dans le cadre d’un appel à proposition de recherches de l’ADEME-et de la mission prospective du MEDDTL "repenser les villes dans une société post carbone". Ce travail de recherche, qui fait figure de pionnier dans ce domaine, se concrétise par un scénario construisant un SCoT de deuxième génération établi à l’horizon 2020-2030 à l’échelle des 40 communes de l’actuel SCoT de l’agglomération tourangelle.
Un SCoT qui peut mieux faire. Le SCoT actuellement en projet est déjà considéré comme très volontariste. Il prévoit notamment une diminution de moitié des zones d’expansion urbaine par rapport aux tendances actuelles observées localement et recherche une véritable cohérence entre urbanisme et transport collectif. Toutefois, les auteurs font le constat que l’évaluation de la baisse des émissions de GES qu’entrainerait la mise en œuvre des orientations du SCoT à l’horizon 2020 est faible : elle est estimée à 8% alors même que les auteurs de l’étude considèrent ce chiffre comme optimiste puisqu’ils ont fait l’hypothèse que tous les objectifs du Grenelle de l’environnement pourraient être atteints malgré les difficultés financières des collectivités. Les responsables de l’étude ont alors engagé la phase prospective du travail de recherche afin d’évaluer les marges de progrès et les orientations nécessaires à l’atteinte du Facteur 4 ; celle-ci s’est traduite par l’organisation d’un atelier de prospective réunissant urbanistes, universitaires et élus.
Courbe Facteur 4
« La proximité bien vécue » comme fil conducteur. Le parti-pris méthodologique fut d’appliquer une démarche "intuitive" d’agrégation des théories d’urbanisme susceptibles de conduire à ce que leurs auteurs nomment "une proximité bien vécue". A leurs yeux, si la ville doit être dense pour des raisons énergétiques elle doit également rester "désirable". Ainsi, un panel de choix de formes urbaines et de stratégies spatiales ont été ensuite évaluées de façon itérative vis-à-vis de leur impact en matière d’émission de GES. Cette étape permettant d’aboutir à un scénario "2020-2030" posant les jalons nécessaires à l’atteinte du facteur 4 en 2050. Au-delà de l’aspect émission de GES, l’étude traite de l’avenir énergétique du territoire et insiste sur la production d’énergie locale (en ville en priorité). L’application de l’ensemble de ces principes implique des ruptures radicales dans les pratiques d’aménagement actuelles pour atteindre le "facteur 4".
Repenser la place de l’automobile. L’un des principaux axes du scénario imaginé consiste à distendre le lien entre la planification et l’usage de l’automobile individuelle. L’idée sous-jacente est de proposer un urbanisme qui permette une réponse non carbonée aux principaux motifs de déplacements : travail, loisirs, achats... Une alternative essentiellement permise par des formes urbaines plus compactes, plus mixtes et spatialement regroupées en pôles desservis par les transports en commun. Ces pôles pour être attractifs laissent une forte part à la nature en ville, à l’inverse, la voiture est chassée d’un cœur d’agglomération rendu aux modes de déplacements doux.
Investissement colossal dans le recyclage urbain. Pour parvenir à ce modèle urbain, le PADD du "ScoT Facteur 4" pose, comme principes fondateurs, une consommation d’espaces agricoles et naturels réduite à zéro et celui d’une ville qui se reconstruit sur elle-même pour accueillir la croissance démographique envisagée (modèle Insee). Les champs privilégiés de ce recyclage urbain sont les espaces pavillonnaires et les espaces d’activités économiques. Les premiers sont identifiés comme pouvant évoluer vers plus d’intensité urbaine notamment par la construction en fond de parcelle et dans les dents creuses, approche identifiée sous l’acronyme "BIMBY" Built In My Back Yard, les seconds pour leur capacités à devenir des "morceaux de ville" à par entière. Ainsi le développement économique n’est plus envisagé sous forme de zones monofonctionnelles, mais intégré dans le tissu urbain, et les zones d’activités économiques tertiaires et commerciales existantes font l’objet d’une réhabilitation thermique, d’une densification et d’un développement de leur mixité fonctionnelle.
Un SCoT à SAU positive. L’activité économique qui bénéficie le plus du scénario envisagé est l’agriculture. Celle-ci voit sa SAU augmenter de 500 hectares par le biais notamment d’une reconquête de friches commerciales. Les auteurs font l’hypothèse d’une réduction des surfaces commerciales grâce à la dématérialisation (achats sur internet). L’augmentation de la place accordée à l’agriculture se place dans une logique d’un besoin accru de circuits alimentaires de proximité. Une réduction du recours à la périphérie qui prévaut également pour les services urbains. Aussi le traitement des déchets et le retraitement de l’eau se font dans l’enveloppe urbaine. Il en va de même aussi pour la production d’énergie renouvelable. A ce titre les fermes photovoltaïques en plein champ sont prescrites.
Le cœur métropolitain à l'horizon 2030
Des ENR locales. Dépassant le champ strict de la réduction des GES les travaux ont également envisagé le "mix énergétique" du territoire à l’horizon 2030. Des études menées il apparait possible, compte tenu des caractéristiques de l’agglomération tourangelle, de porter la part des ENR à 50 % du total. L’essentielle de ces nouvelles sources étant produites localement (biomasse, géothermie, photovoltaïque sur bâti existant…).
Le SCoT est un levier efficace pour atteindre le Facteur 4. A l’issue de l’exercice, les auteurs concluent que les formes urbaines et l’aménagement de l’espace ont un rôle central à jouer dans la réduction des émissions de GES, même si sur certains secteurs, l’emprise est moindre (industrie, tertiaire…). A ce titre le scénario de SCoT modélisé dans l’étude est à leurs yeux un outil potentiellement efficace pour atteindre les objectifs du facteur 4 à condition de mettre en œuvre ses axes fondateurs :
> Un développement urbain guidé par le principe de "proximité bien vécue" ;
> Un principe "zéro hectare" en extension urbaine pour tout nouvel aménagement ;
> Un recyclage de la ville sur les espaces devenus obsolètes : zones commerciales, zones d’activité sur la base d’une mixité fonctionnelle 1/3 habitat, 1/3 activités, 1/3 nature.
La vertu de cet exercice inédit est de donner l’horizon et mesurer le chemin à parcourir d’ici 2030. Conscients que l’acceptabilité sociale du scénario est improbable, la marche à franchir étant colossale, l’équipe devrait lancer prochainement une étude spécifique en collaboration avec un sociologue sur ce volet crucial. Néanmoins, les auteurs espèrent à tout le moins que les vertus pédagogiques de l’exercice permettront de faire progresser un peu plus le degré d’ambition du SCoT actuel…afin de raboter un peu la hauteur de marche.
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